"Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau." Albert Einstein.
Combien reste-il de pétrole?
Confusion entre "ressource" et "réserve"
Les réponses à cette question sont diverses et variées. Cela vient peut être du fait de la confusion faite entre "ressource" et "réserve". Les ressources de pétrole font état de la quantité initiale totale de pétrole. On se situe probablement autour de plusieurs dizaines de trilliards de barils, ce qui représente une quantité astronomique. Cette quantité est fixe qu'on le veuille ou non et elle diminue inexorablement au cours du temps. Par contre, les réserves de pétrole font état de la quantité de pétrole que l'on a découvert (ou que l'on pense découvrir dans un avenir plus ou moins proche) et qui peuvent être exploiter au vue des technologies actuelles et à un prix donné. Or cette quantité ne diminue pas forcement! on découvre encore du pétrole aujourd'hui et de nouvelles hypothèses (plus ou moins réalistes...) sont faites quant à l'état de ces réserves. Les réserves de pétrole se situent autour de quelques trilliards de barils (plus ou moins difficilement exploitables) mais l'incertitude est très importante. Un certain nombres de specialistes dont les plus grands comme Colin Campbell ou encore Kenneth Deffeyes estiment les réserves totales en pétrole exploitables autour deux trilliards de barils (et nous en avons déjà consommé un!). Souvent dans les médias, les termes "ressource" et "réserve" sont largement confondus et on a donc l'impression que les ressources pétrolières enflent années après années ce qui est bien entendu faux.
Aussi, on entend souvent dire aussi: "oh pas de problème, il nous en reste encore pour 50 ans et même bien plus". C'est très trompeur car c'est 50 ans si l'on consomme dans les 50 prochaines années la même quantité de pétrole qu'actuellement. Or, notre consommation de pétrole augmente année après année. De plus, il faut aussi regarder à quels coûts économiques, environnementaux et énergétiques et aussi à quel rythme d'extraction le pétrole que l'on qualifie "d'exploitables" peut vraiment l'être. En considérant tous ces éléments, l'optimisme baisse tout de même d'un ton. En fait, les vraies questions à se poser sont: combien reste-il de pétrole susceptible de fournir un large gain énergétique et à quels coûts pour nos sociétés?
L'énergie retournée/profit énergétique: une notion fondamentale
Les poches de pétrole à exploiter ne sont pas toutes équivalentes, loin de là!. Certaines sont difficiles et coûteuses à exploiter alors que d'autres nécessitent beaucoup moins d'efforts et d'investissements. Ainsi, il ne faut pas simplement prendre en compte de manière brute le "nombre" de barils disponibles mais aussi prendre en compte quel serait le coût d'extraction en terme d'énergie, d'heures de travail, d'eau etc...de ces barils. C'est tout aussi valable pour l'extraction de gaz ou de charbon. Il y a une grandeur qui permet de rendre compte de l'effort énergétique à fournir pour obtenir une ressource donnée: c'est l'énergie retournée. L'énergie retournée se définie de la manière suivante: c'est le rapport entre l'énergie A obtenue via un certain processus et l'énergie B qu'il a fallu investir dans ce même processus pour générer cette énergie A. Ce rapport est sans unité.
Dans tout processus d'extraction, de l'énergie est investie car:
Acquérir de l'énergie consomme de l'énergie
Transporter de l'énergie consomme de l'énergie
Stocker de l'énergie consomme de l'énergie
Utiliser de l'énergie consomme de l'énergie
L'énergie retournée, c'est l'énergie que l'on obtient à la fin de cette longue chaîne durant laquelle de l'énergie a déjà été consommée et ne sera plus disponible pour la société en bout de chaîne. Ainsi plus le rapport de l'énergie retournée sur l'énergie investie est élevé, plus l'exploitant de cette source d'énergie est "gagnant". Si ce rapport se rapproche de 1, cela signifie que l'énergie récupérée est presque aussi importante que l'énergie investie. Cela n'a donc plus aucun sens d'exploiter une telle source d'énergie même s'il reste des quantités gigantesques à exploiter. Si l'énergie retournée est négative, c'est encore pire. L'énergie investie est alors plus importante que l'énergie récupérée. On est donc "perdant".
Sans surprise, l'énergie retournée de ressources énergétiques finies soumises aux lois de la géologie (pétrole, gaz, charbon...) diminue au cours du temps après avoir passé un pic de production. On peut aussi formuler identiquement le problème de la manière suivante: après le pic de production, pour la même quantité d'énergie récupérée, il faudra fournir toujours plus d'énergie. C'est ainsi que l'on peut parler de déclin énergétique des sociétés industrielles exploitant principalement des ressources d'énergie fossiles finies par nature pour fonctionner. En effet, 85% de l'énergie totale produite dans le monde provient de ressources fossiles.
Pourquoi un tel déclin énergétique? Prenons l'exemple d'un puit de pétrole découvert au début du 20ème siècle aux États-Unis, qui a été pendant une grande partie du 20ème siècle le premier pays exportateur de pétrole comme l'est l'Arabie Saoudite aujourd'hui. A cette époque, aux États-Unis ou encore au Venezuela par exemple, il suffisait presque de creuser quelques centaines de mètres avant d'atteindre la ressource tant convoitée. Il n'y avait pas besoin d'investir d'énorme quantité d'énergie dans le processus, et la quantité d'énergie récupérée était donc importante par rapport à celle investie. Il est estimé qu'aux États-Unis (qui était encore l'arabie saoudite du pétrole!), dans les années 30 , il suffisait d'investir un baril de pétrole pour en récupérer une centaine. Cela nous fait donc une énergie retournée de 100:1=100! On peut vraiment parler de "jackpot énergétique". Par comparaison aujourd'hui, l'énergie retournée moyenne d'un puit de pétrole est comprise entre 20 et 30. Pourquoi une telle baisse? Car toute ressource énergétique finie est sujette à épuisement. Typiquement, après que la moitié de la quantité initiale de pétrole ait été extraite, il devient de plus en plus difficile énergétiquement, économiquement, humainement mais aussi écologiquement d'extraire ce dernier et la production entre dans un déclin inexorable. C'est le pic pétrolier. Nous reviendrons dessus plus en détail un peu plus loin. Typiquement, après ce pic, le pétrole devient plus visqueux donc difficile à pomper, et il devient petit à petit de moins bonne qualité (haute teneur en souffre par exemple ce qui a pour effet de corroder les équipements et d'ajouter encore un sur-coût). Il faut aller le chercher dans des poches difficiles d'accès ou encore construire des plate-formes pétrolières dont la construction et la maintenance consomment d'immenses quantités d'énergie...fossiles!. Il faut injecter toujours plus d'eau/gaz pour maintenir la pression dans le réservoir afin de faciliter l'extraction. Les technologies mises en oeuvre deviennent de plus en plus élaborées et coûteuses au fur et à mesure que l'on s'éloigne du pic de production ou pic pétrolier. Mais dans l'absolue, il reste souvent de grandes quantités de pétrole piégées ça et là. Mais imaginons par exemple qu'a un certain moment, il soit nécessaire de dépenser plus d'énergie pour extraire ce pétrole que l'on peut en récupérer une fois que celui-ci est extrait. Cela n'a alors plus aucun sens énergétiquement parlant de continuer à exploiter ce réservoir et bien qu'il resterait du pétrole, celui-ci ne serait pas extrait.
Ainsi, le déclin de l'énergie retournée au fil du temps se reflète aussi dans le prix d'un baril. Il y a quelques années encore, un baril à $40 était vu comme une abérration totale. Et pourtant, si l'on regarde le travail (au sens énergétique du terme) que l'on peut fournir avec un baril, c'est incroyablement bon marché!. Fin novembre 2008, dans le journal koweïtien Al-Sieyassah, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite, premier pays exportateur de pétrole a déclaré qu'un baril à $75 était un prix juste pour producteurs et consommateurs. Cela reflète d'une certaine manière ce coût économique et énergétique croissant que l'exploitation de champs pétrolifères dit "matures" requièrent.
Aujourd'hui, nous avons extrait une bonne partie du pétrole "facile". "L'époque du pétrole facile est révolue" Christophe de Margerie - PDG de Total. Prenons l'exemple d'un pommier: on va d'abord se servir avec les pommes qui sont à notre portée. Après il faudra aller chercher l'échelle. Il faudra fournir un effort un peu plus important pour récolter les pommes plus difficiles d'accès. De même aujourd'hui, les champs pétrolifères découverts sont souvent dans des endroits difficiles d'accès ou alors sont enfouis très profondément. Tout ceci contribue à augmenter le coût des infrastructures et le coût énergétique mis en oeuvre dans le processus d'extraction. Par ailleurs, il faut aussi savoir que nous découvrons de moins en moins de champs pétrolifères significatifs. Aujourd'hui, la plupart tende à être de petites poches difficiles et coûteuses à exploiter.
De plus, la découverte de réserves pétrolières a atteint un pic dans au début des années 60. Depuis lors, nous découvrons chaque année de moins en moins de celui-ci malgré des investissements toujours plus importants. Pire, depuis les années 80, nous consommons plus de pétrole que nous n'en découvrons. Et pourtant, plus de 40 ans après, nous sommes encore là à nous étonner que la production pétrolière mondiale est sur un "plateau" comme nous allons le détailler dans un instant.
Par ailleurs, le gaz naturel et le charbon, énergies non renouvelables, sont soumis aux mêmes lois géologiques et passeront elles aussi par un pic de production avant que leur production respective ne décline.
Exploitation de pétroles "non-conventionnels"
Cela nous pousse de plus en plus à l'exploitation de pétroles dit "non-conventionnels" tel que les sables bitumineux Canadiens qui possèdent une énergie retournée encore largement plus faible que le pétrole dit "conventionnel" (à peine plus de 1). Energétiquement, presque autant de gaz naturel est investi dans le processus d'extraction que celle qui est obtenue à la fin avec le pétrole extrait. On peut ainsi voir se processus comme une conversion de gaz naturel en pétrole. Mais le désastre n'est pas "qu'énergétique", il est aussi écologique. D'immenses zones forestières de l'Alberta (forêt boréale) sont littéralement massacrées. 1 litre de pétrole extrait de ces sables requiert entre 3 et 5 litres d'eau. Cette eau devenue toxique est alors rejetée dans d'immenses lacs artificiels et personne ne sait vraiment quoi en faire. Les plus grandes compagnies pétrolières ont déjà investi des sommes d'argent considérables dans le développement et l'exploitation de ces sables. Rien ne semble arrêter ce massacre et il n'est pas exagérer de dire cela constitue un véritable désastre pour l'environnement et les populations locales. En voici un petit aperçu:
Le pic pétrolier
Quel que soit le type de ressources non renouvelables exploitées, ces dernières ne s'épuisent pas totalement du jour au lendemain comme lorsque l'on tombe en panne en voiture. Le profile ne ressemble jamais au suivant:
Au contraire, à partir d'un certain point (typiquement lorsque la moitié des réserves initiales a été extraite), le profil de production va inexorablement décliner.
De plus, l'extraction devient de plus en plus difficile en termes énergétiques et économiques. Pour du charbon, il nous faudra creuser de plus en plus profond. Pour du pétrole, il sera plus difficile à extraire et de qualité moindre, enfoui dans des poches toujours plus profondes et de petites tailles. Typiquement, la courbe d'extraction ou de production d'une ressource non renouvelable donnée est une "courbe en cloche" (que l'on peut modéliser avec une Gaussienne) telle que la suivante (cela marche aussi pour votre nourriture dans le frigo!):
La forme de cette courbe varie d'un pays et même d'un réservoir à un autre suivant les technologies utilisées ou encore d'événements géopolitiques. Mais globalement, on peut toujours "fitter" la courbe de production avec une telle courbe (Gaussienne).
En 1956, Dr. King Hubbert, géologiste chez Shell, a été le premier à émettre l'hypothèse selon laquelle tout champ pétrolifère suit une telle courbe de production. Quoi que l'on fasse, quelque soit les technologies utilisées, après que la moitié environ de la quantité initiale de pétrole d'un réservoir donné a été extraite, la production entre dans un inexorable déclin. Par ailleurs, dans la partie droite de la courbe, l'énergie retournée décroît significativement. De plus, suivant les techniques d'extraction plus ou moins "agressives" utilisées initialement, la deuxième partie de la courbe n'est pas nécessairement symétrique à la première. Elle peux véritablement décrocher et plonger très vite comme c'est le cas pour le champ pétrolier Cantarell au large du Mexique. En d'autres termes, dans la partie droite de la courbe, il faut investir toujours plus d'énergie pour finalement en obtenir toujours moins. Encore une fois, de nouvelles technologies et autres artifices ne changent pas les lois l'énergie! On peut tout juste modifier légèrement le profil de déclin, mais ce déclin reste inexorable. C'est le pic pétrolier. Il ne s'agit pas d'une théorie ou d'une croyance "bizarre" de gens qui veulent absolument une catastrophe: c'est un fait qui a été observé clairement dans différentes régions du globe. Les États-Unis sont certainement l'exemple le plus célèbre et frappant de par leur place dans le monde. Leur production a piqué dans les années 70. C'est ce que justement Dr. King Hubbert avait prédit en 1956: que les USA verrait leur production atteindre un maximum entre 1966 et 1971. Bien entendu, on lui a rigolé au nez et il a été ridiculisé à l'époque. La citation d'Arthur Schopenhauer "toute vérité franchit trois étapes: d'abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition, puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence" ne peut être mieux illustrée dans ce cas là. Depuis lors, chaque année les États-Unis produisent moins de pétrole que les années précédentes. La production pétrolière en Alaska a tout juste fait apparaître une petite bosse de production dans la partie descendante de la courbe de production. Chaque année, leur dépendance à l'égard du Moyen Orient notamment s'amplifie. Les conséquences géopolitiques d'une telle dépendance sont bien entendu importantes et les politiques étrangères des grands pays industrialisés en sont forcément influencées. L'histoire récente semble le démontrer.
Le flou artistique
Le Moyen Orient qui concentre 60% des réserves pétrolières mondiales est probablement la seule région au monde à ne pas avoir encore atteint un pic de production. Cependant il est bien difficile d'y voir clair. En effet, depuis 1982, l'Arabie Saoudite a cessé de fournir le détail complet de la production de chacun de ses champs pétroliers. Avant 1982, ces derniers étaient régulièrement publiés dans des revues spécialisées telles que "Oil & and Gas Journal". Par ailleurs, la politique des quotas a aussi jeté un certain trouble sur les réserves pétrolières publiées. En effet, avec une politique de quotas, plus un pays déclare de réserves, plus il pourra exporter. C'est ainsi que dans les années 80, 6 pays parmi les 11 membres de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) ont soudainement et tour à tour reporté des augmentations colossales de leurs réserves (voir figure ci-dessous). Il est aussi à noter que depuis lors, ces réserves sont restées quasiment inchangées alors qu'aucune découverte majeure n'a eu lieu dans le même temps ce qui entretient d'ailleurs l'illusion que les réserves de pétrole sont inépuisables.
Il est donc très difficile et parfois impossible d'obtenir des données précises sur les champs pétroliers "clés" de l'Arabie Saoudite. Il faut aller se battre et croiser de multiples informations dans divers journaux pour arriver à avoir une image plus précise de la réalité. C'est ce qu'a fait Matthew R. Simmons et il en a fait un livre intitulé Twilight in the desert: the coming Saudi oil shock and the world economy. Il montre le flou entretenu autour des réserves pétrolières des pays de l'OPEP et leurs conséquences sur les politiques énergétiques des pays industrialisés qui se basent en grande partie sur de tels chiffres sans jamais les remettre en question une seconde.
La production actuelle de l'Arabie Saoudite ne provient que de quelques champs pétroliers géants (dont Gahwar, le plus important au monde de part sa production). Le problème, c'est que tous ces champs sont en production depuis près de 40 ans. Ils arrivent à "maturité" et maintenir leur production est déjà un exploit en soi-même, alors l'accroître...En fait, l'Arabie Saoudite n'a jamais en fait pu dépasser son pic de production de 1980 à 10 millions de barils par jour malgré l'envolée des prix du pétrole ces dernières années et une demande en constante augmentation.
Enfin, les 40 dernières années d'exploration en Arabie Saoudite n'ont pas conduit à la découverte de nouveaux champs pétrolifères géants qui pourraient ne serait-ce que masquer le déclin dans les années futures des autres champs déjà matures. Au risque de se répéter, cela ne signifie pas qu'il ne reste plus de pétrole en Arabie Saoudite; mais le temps ou ce pays peut accroître sa production facilement et rapidement pour satisfaire la soif grandissante de pétrole de nos sociétés de consommation ou contre carrer des événements géopolitiques est révolue. Selon l'avis de nombreux experts, si l'Arabie Saoudite "pique", le production mondiale de pétrole aura aussi atteint son pic.
Alors qui va nous sauver?
Après un premier pic de production (en partie dû à un effondrement des cours du pétrole) en 1987 qui a précipité encore plus la chute de l'URSS, la Russie aujourd'hui, deuxième exportateur mondial de pétrole est très probablement sur le point de voir sa production "piquée" définitivement. De la même manière qu'en Arabie Saoudite, malgré l'envol du prix du baril ces dernières années combiné à une augmentation constante de la demande mondiale en pétrole, la Russie n'a jamais pu dépasser le pic de production atteint en 1988 à 12,5 millions de barils par jour. Et que dire du Mexique, fournisseur ô combien important des États-Unis de par sa situation géographique et sa stabilité politique qui fournit 1 millions de barils par jours et dont le champ pétrolifère géant Cantarell a vu sa production plonger de près de 50% par rapport à 2004.
Le Royaume-Uni, que l'on avait coutume d'appeler dans les années 80 "the sick man of Europe" et qui par la découverte de gisements gaziers et pétroliers en Mer du Nord, a connu un véritable miracle économique grâce aux revenus générés par l'exportation. Mais en 1999, la production pétrolière a du Royaume-Uni a atteint un pic et depuis 2005, le Royaume-Uni n'est plus un exportateur de pétrole mais bel et bien un importateur. Un a un dans le monde, les pays qui possèdent des réserves pétrolières ou gazières voient leur production atteindre un pic puis décroître. Sur les 56 pays exportateur de pétrole dans le monde, 27 ont déjà passé leur pic national. Une nouvelle fois, le pic pétrolier n'est donc pas une théorie mais un fait établi. Depuis 2004, la production de pétrole brut des pays non-membre de l'OPEP n'augmente plus et commence même à décliner. Le pic semble avoir été atteint en 2004 justement.
En ce qui concerne les pays de l'OPEP, ce n'est guère mieux. La production de pétrole brut se situe sur un plateau depuis environ 2005:
Et voici la production mondiale de pétrole brut qui est elle aussi "plate" depuis 2005:
Par ailleurs, on entend souvent dire que des pays d'Afrique centrale tels que le Nigeria sont très prometteurs. En effet, à l'heure actuelle, le Nigeria exporte environ 2 millions de barils par jour ce qui est loin d'être négligeable. Ce que l'on oublie, c'est que si la plupart des 300 millions de Nigerians avait un niveau de vie décent, le Nigeria n'exporterait plus grand chose. Dans une moindre mesure, c'est aussi le cas du Mexique. Les revenus astronomiques que génèrent l'exportation pétrolière profitent rarement à la population locale. Ces revenus sont au contraire entre les mains d'une certaine élite ou même de groupes armés. Cela exacerbe les tensions dans ces sociétés déjà très inégalitaires et souvent instables [Michael Klare - Blood and Oil]. C'est aussi le cas en Angola, au Soudan ou en Somalie.
L'Indonésie qui a été pour un temps membre de l'OPEP ne l'est plus aujourd'hui, et pour cause: le pays est un net importateur de pétrole.
Tous ces éléments font qu'aujourd'hui, le prix du pétrole n'est plus vraiment gouverné par la simple loi de l'offre et la demande. Il s'agit de plus en plus de pays ou de compagnies pétrolières qui vont dire: "on prend ces champs pétrolifères pour tant d'argent". Les guerres comme on l'a vu (et comme on le voit encore) permettent aussi de "sécuriser" telle ou telle zone riche en ressources fossiles.
Quelques chiffres...
En 2008, pour faire tourner la gigantesque machine économique mondiale, il ne nous fallait pas moins de 85 millions de barils de liquide (pétrole lourd/léger, gaz etc.) par jour et extraire des millions de tonnes de charbon et ainsi que des millions de mètres cube de gaz naturel. Il arrivera un temps ou un pic mondial de production sera atteint. Peu d'entre nous réalisent les processus d'extraction, d'acheminement et de stockage en jeu puisque la plupart du temps il suffit simplement d'appuyer sur un bouton. Ce sont des quantités d'énergie absolument phénoménales, si bien qu'il est difficile d'imaginer (du moins dans un laps de temps restreint) que des énergies alternatives puissent délivrer une quantité d'énergie équivalente à celle délivrée par les énergies fossiles à l'heure actuelle. Il y aura au minimum une période d'adaptation durant laquelle la quantité d'énergie globale disponible pour nos sociétés sera moins importante qu'aujourd'hui. Cependant, en théorie, il est possible d'arriver à terme à de tels niveaux en investissant de manière conséquente et tout de suite. Néanmoins, les problèmes de surpopulation et de destruction de nos écosystèmes finiront eux aussi par se poser un jour.
Quelles alternatives possibles?
Les "biocarburants"
Faire pousser du maïs pour produire de l'éthanol requiert de très grandes quantités d'eau et de grandes surfaces agricoles. Bien trop grandes alors que la population et les prix de la nourriture augmentent sans cesse et qu'il faudrait en plus privilégier une agriculture moins intensive et pas nécessairement moins productive (moindre dégradation des sols et nourritures de meilleure qualité), et donc augmenter les surfaces agricoles. L'énergie retournée de ce processus est à peine plus élevée que 1. Mais comme c'est un carburant liquide, beaucoup d'importance est donnée à ces biocarburants.
L'hydrogène
L'hydrogène présente aussi l'avantage considérable d'être un carburant liquide. Mais rappelons que l'hydrogène n'est pas une source d'énergie. Il faut le produire ce qui nous ramène toujours a l'éternelle question: oui mais comment? on peut éventuellement alors penser a l'énergie solaire ou éolienne. Mais peut-on réaliser cela a l'échelle de centaines de millions de véhicules? cela n'est pas encore prouvé. Par ailleurs, le problème du stockage de l'hydrogène n'est pas résolu.
L'énergie solaire
L'énergie solaire possède aussi un coût énergétique et environnemental non négligeable.
Par exemple, la fabrication de la plupart des panneaux solaires nécessitent l'utilisation de métaux précieux qu'il faut aller miner avec des véhicules utilisant...du pétrole.
Le nucléaire
L'énergie nucléaire pourrait tout à fait être l'énergie de transition vers un monde post-carbone. Mais la encore, ne nous leurrons pas: l'uranium est une ressource finie. De plus, la question des déchets reste un problème crucial. A ce propos, une petite question intéressante: si 100% de votre électricité pendant toute votre vie est généré par l'énergie nucléaire, quel sera votre volume final de déchets radioactifs?...environ le volume d'une poignée de porte [Kenneth S. Deffeyes - Beyond Oil]. Maintenant, multipliez cela par plusieurs milliards...oui, cela fait un gros volume. Mais nous laissons cela pour le futur (en imaginant que la technologie nous sauvera toujours) pour se focaliser sur le court terme. Ceci est d'ailleurs en accord avec les théories économiques modernes pour lesquelles le futur a en effet moins de valeur que le présent.
L'énergie éolienne
L'énergie éolienne est l'une des meilleures alternatives en terme d'énergie retournée mais nécessite des investissements considérables et un réseau de transport routier/maritime complètement opérationnel ce qui suppose que l'on soit encore dans une période d'abondance énergétique (du moins lors de leur mise en place). Elle requiert aussi une main d'oeuvre qualifiée et une maintenance assez "lourde" surtout quand elles se situent en mer par exemple. C'est donc dès maintenant qu'il faudrait investir.
En fait, le plus gros problème n'est pas tellement comment allons-nous chauffer nos maisons dans le futur. Le plus gros "problème" se situe surtout au niveau des carburants liquides. Comment allons-nous faire encore rouler et voler nos voitures et avions dans cinquante ans de la manière dont nous le faisons aujourd'hui? Les biocarburants sont une farce pour prolonger un peu plus nos modes de vie et plonger encore plus de populations dans la famine. Quant à l'hydrogène...nous y sommes pas encore! plusieurs décennies seront nécessaires pour que la technologie soit au point.
Il ne s'agit pas d'être pessimiste et de se dire que "oh rien ne marche de toute façon" mais la vérité est que rien pour l'instant ne peut remplacer le pétrole en terme de carburant liquide dans les proportions actuellement utilisées.. En mettant ainsi l'énergie au centre de notre raisonnement, on se rend bien compte que l'on ne peut pas maintenir et faire croître indéfiniment nos sociétés industrielles telles qu'elles sont aujourd'hui. Ce que l'on par contre changer, ce sont nos comportements, ce qui dans le système actuel (consommation matérielle à tout prix etc.) est loin d'être chose facile!