"Fini", qu'est-ce que cela veut dire?
Notre monde est "fini" semble en effet être une bien vague affirmation. "Fini" oui, mais en quels termes? Par exemple, sa taille est finie car jusqu'à preuve du contraire: nous n'avons pas plusieurs planètes Terre a notre disposition même si une partie (minorité) de l'humanité vit comme s'il y avait plusieurs planètes Terre...Sa masse est finie en négligeant la chute de matériaux stellaires. Notre monde contient donc un nombre fini d'atomes.
En terme énergétique, la planète Terre est aussi "finie". L'énergie radiative en provenance du soleil reçue par notre planète est égale à celle qui est émise par la Terre en retour. Ainsi, l'énergie totale de ce qu'il y a sur, à l'intérieur et autour (atmosphère) de la Terre est plus ou moins constante. En théorie, nous avons donc a notre disposition un réservoir d'énergie "totale" à peu près constant. Pourquoi "constant"? car la première loi de la thermodynamique nous enseigne que l'on ne crée pas de l'énergie (premier principe de la thermodynamique). Par contre, on peut la transformer en une autre forme, mais avec toujours une perte énergétique à la clé (second principe de la thermodynamique). Ces énergies se présentent sous formes diverses et variées (photons, courants atmosphériques) et sont plus ou moins difficiles à exploiter au profit de nos sociétés modernes.
Les ressources fossiles et minières présentes sur Terre sont aussi plus ou moins difficilement exploitables par l'homme suivant leur profondeur, leur situation géographique etc. Ces dernières, vestiges de l'histoire tumultueuse de notre planète, resultat de milliards (ressources minières) et de centaines de millions (ressources fossiles) d'années ne sont pas en quantité illimitée, loin de là! C'est le cas du gaz naturel, du charbon, du pétrole ou encore de l'uranium (qui eux aussi n'en sont pas moins "naturels"!). Ces ressources fossiles sont à la base de l'énergie solaire qui a été accumulée sur des centaines de millions d'années. Elle se sont formées sur de longues périodes, selon des processus spécifiques et en quantités données. Ces réserves d'énergie sont non renouvelables, et ce quelle que soit les technologies employées pour les extraire. "Plus" de technologies, c'est-à-dire plus d'argent investi ne fait pas apparaître comme par magie "plus" de ressources. De nouvelles technologies permettent par contre d'augmenter la production (jusqu'à un certain point!), c'est-à-dire la vitesse à laquelle ces ressources sont extraites. C'est particulièrement utile lorsque l'on vit dans une société qui demande toujours plus d'énergie.
Pourquoi se focaliser sur les ressources fossiles? quelles sont les conséquences de leur exploitation?
Les ressources fossiles sont très "denses" en énergie et nous en maîtrisons bien l'exploitation avec plus d'un siècle d'expertise. Notre civilisation industrielle exploite donc principalement ces ressources possédant un très large profit ou retour énergétique. Cela est loin d'avoir toujours été le cas. Pendant la majeure partie de son histoire, l'humanité a principalement exploité l'énergie solaire (l'agriculture par exemple!). Cette énergie est considérable et infinie à l'échelle humaine mais nous ne pouvons pas encore directement en maîtriser le flux à travers nos sociétés. Aujourd'hui, nous en tiront moins profit qu'auparavant (en ignorant les ressources fossiles ou bien encore l'agriculture qui d'une certaine manière sont de l'énergie solaire!) même si grâce aux technologies développées durant cette période d'abondance énergétique, nous pourrions augmenter significativement la part d'énergie solaire dans nos société.
L'exploitation de ces ressource énergétiques produit des déchets. Mais le système "Terre" n'est pas infini non plus dans sa capacité à absorber ces déchets. Typiquement, l'atmosphère ne peut contenir une quantité infinie de polluants et de CO2 (d'où le lien énergie-climat malheureusement si souvent oublié!); de même que les sols ne peuvent absorber une quantité infinie d'engrais et de pesticides. Quant aux océans, ils ne peuvent absorber une quantité infinie de CO2 sans finir par s'acidifier et rendre la vie sous marine quasi impossible. Il existe aussi une certaine quantité d'eau douce dont nous devons prendre soin.
Et nous alors?
Et puis, il y a nous : le "capital humain", prêt à travailler et à transformer toutes ces ressources. Grâce à ces dernières et à nos investissements, nous avons pu produire et mettre en place respectivement des biens et des services au profit de notre système économique (mais pas forcément au profit de l'homme...). Mais nous faisons toujours tout cela à l'intérieur d'un grand cercle, le système "Terre" au sein duquel nous évoluons ainsi que tous les autres êtres vivants. Nous avons donc un certain "espace" pour nous développer de manière vraiment "durable". Nous ne devons pas aller au-delà au risque de dégrader irrémédiablement le fragile équilibre entre l'écosystème qui nous supporte et nous-mêmes. Pourtant, c'est exactement ce que nous sommes en train de faire.
Un fragile équilibre
Ce fragile équilibre a été plus ou moins préservé pendant des millénaires où les civilisations exploitaient principalement l'énergie solaire et vivaient plus en harmonie avec la Nature, ses cycles, ses richesses...et sa dureté. Le problème, c'est qu'entre temps, nous avons gagné à la grande "loterie énergétique" avec l'exploitation de ressources fossiles. Cela a permis la construction d'un système complètement déconnecté de notre écosystème avec lequel nous avons vécu pendant des millénaires. Cette abondance énergétique a aussi permis la réalisation de grand progrès dans le domaine de la médecine, des transports ou encore des communications. On a d'ailleurs trop tendance à penser que ces immenses progrès scientifiques et technologiques du vingtième siècle sont seulement dues à notre seule "intelligence". On oublie souvent la composante énergétique qui bien entendu couplée à nos capacités intellectuelles ont permis de tels progrès. Le mode de vie dans les pays dits "industrialisés" s'est considérablement amélioré en l'espace de moins de deux siècles. Cette abondance d'énergie bon marché a nourri l'idéologie de la croissance et les premières théories économiques en ont fait leur base. La "croissance" est non seulement attendue chaque année mais elle aussi considérée comme quelque chose d'indispensable pour le bien être l'humanité (plus de détails sur cette page). Nous avons alors construit un système économique qui doit croître constamment...mais sans aucun égard à la taille initiale du système "Terre".
Bien que les bases d'un tel système soient complètement fantaisistes, sa construction a été possible grâce à l'abondance de ressources d'énergie fossiles au premier rang desquelles figure le pétrole. Ce flux énergétique sans cesse croissant depuis près de 200 ans a permis dans les pays riches une amélioration considérable du niveau de vie et l'émergence d'un mode de vie basée sur la "consommation". Aujourd'hui, des milliards d'autres individus aspirent aussi à ce mode de vie, et pourquoi ne devraient-ils pas d'ailleurs? L'ennuie, c'est que ce flux énergétique croissant au sein de nos société ne peut continuer indéfiniment. Il ne s'agit pas de "méchants" qui cache d'immenses ressources énergétiques. Non, ce flux ne peut continuer indéfiniment pour des raisons géologiques et thermodynamiques. En un mot: la Nature nous l'impose.
Dans le flux énergétique entrant de nos sociétés industrielles, le pétrole prend une part importante (notamment dans le domaine des transports). Notre dépendance à ce dernier soulève donc de nombreux problèmes que nous abordons ici.