"Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau." Albert Einstein.
go previous

Notre dépendance au pétrole et ses conséquences

De l'énergie!

Toute activité économique nécessite de l'énergie, quelle que soit sa forme. De même, toute forme de vie nécessite de l'énergie. Essayez d'arrêter de manger pendant plusieurs jours et aller au travail. Il y a des chances pour que vous ne fassiez pas grand chose! c'est pareil pour une machine: sans électricité ou carburant, elle ne fournira aucun travail. C'est un fait qui ne peut être mis en cause. Un système économique a de la même manière besoin d'énergie afin de produire des biens et des services. Mais ces ressources énergétiques sont en grande partie des ressources fossiles finies au premier rang desquelles figure le pétrole. On peut visualiser le flot énergétique à travers une société de la manière suivante:

Cliquer sur l'image pour l'agrandir

En l'occurrence, il s'agit ici d'une visualisation des différents flux énergétiques entrants et sortants en 2007 des États-Unis. Les ressources fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel) prennent une place très majoritaire dans les flux entrants. Le pétrole peut quant à lui être transformé en un carburant liquide. Il devient alors facilement transportable, stockable et il est en plus très dense en énergie. Ce carburant nous rend donc un service extraordinaire en ce qui concerne tous nos moyens de transport modernes. Un seul chiffre pour s'en convaincre: aujourd'hui, les transports terrestres, aériens et maritimes dépendent aujourd’hui à 97 % du pétrole.

Le pétrole est partout

Des éléments de notre vie quotidienne aussi divers que les plastiques, cosmétiques ou encore nos routes sont tous dérivés du pétrole. Ce dernier s'est immiscé de manière telle dans nos sociétés qu'on ne se rend même plus compte des immenses services que le pétrole nous rend et de son rôle dans notre vie quotidienne. Chaque Américain a besoin de 150 "esclaves énergétiques" travaillant 24h sur 24h et sept jours sur sept afin de maintenir leur style de vie [La fête est finie! - Richard Heinberg]. Les autres grands pays industrialisés ne sont pas très loin non plus avec pas moins de 100 "esclaves énergétiques" devant être disponible en permanence pour supporter le mode de vie de chaque Européen [Le plein s'il vous plaît! - Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean]. Et pourtant, nous considérons ce mode de vie comme quelque chose d'acquis et de tout à fait normal.

L'agriculture et la révolution verte

L'agriculture intensive, quant à elle, dépend entièrement du pétrole et du gaz naturel, c'est à dire d'énergies fossiles. La révolution verte dans les années 60/70 a été permise par les énergies fossiles. Grâce au procédé Haber-Bosch, il est possible de synthétiser facilement des engrais azotés à partir de gaz naturel. De plus, grâce à l'apparition et à l'utilisation de puissantes machines agricoles (mécanisation) dépendantes du pétrole et à l'utilisation massive d'engrais et de pesticides (synthétisés à partir de...gaz/pétrole!), les rendements agricoles et donc la quantité de nourriture disponible ont augmenté de manière très significative. Tout semble "normal" vu comme cela; pourtant, cette agriculture intensive appauvrit année après année nos terres agricoles. Les labours combinés l'utilisation en masse d'engrais de synthèse perturbent la vie des micro-organismes du sol et donc son enrichissement en nutriments/minéraux essentiels. De plus, un tel sol est en proie aux maladies. Le recours aux pesticides s'est alors généralisé pour éviter la prolifération d'insectes/bactéries tout cela parce que l'on ne donne pas le temps à la nature et à la terre de se régénérer naturellement. Rappelons que le sol est vivant dans la mesure où il héberge des êtres vivants. Et un sol vivant et en équilibre ne contient pas de maladie particulière. Les légumes que nous mangeons chaque jour sont ainsi de plus en plus pauvres en nutriments et contiennent en plus de nombreux résidus chimiques. En un mot, les sols agricoles ne sont que des grosses éponges imprégnées d'engrais chimiques et de pesticides servant à faire pousser de "jolies" fruits et légumes bien brillants et standardisés. Ainsi, nous ne consommons pas seulement le pétrole, nous le mangeons aussi!. La France est par exemple le troisième consommateur mondial et le premier consommateur européen de pesticides. Les impacts sur la santé (cancer) et la faune (en particulier les abeilles) sont plus qu'alarmants. Les abeilles nous rendent un service incroyable en pollinisant de nombreuses espèces végétales, assurant ainsi leur survie. Plus généralement, c'est la nature toute entière qui nous rend beaucoup de services comme la purification de l'eau et de l'air, pollinisation ou bien encore la régénération des sols. Il est bien difficile de mettre un prix sur tous ces paramètres, mais cela se compte probablement en milliers de milliards de d'euros, largement plus que la valeur monétaire annuelle des biens produits par l'économie mondiale.

Le pétrole et les gaz naturel ne servent pas qu'a faire des engrais et des pesticides. Ils sont aussi la base de la synthèse de produits synthétiques que l'on utilise au quotidien. C'est la discipline de la pétrochimie. Ces composés n'existent pas forcément dans la nature. A ce sujet, nous avons introduit environs 70 000 produits chimiques dans la nature depuis un siècle. Ces composés synthétiques ne sont pas régénérés dans cette dernière puisqu'elle ne les "connaît" pas et ils s'accumulent. Les conséquences sur notre santé et notre écosystème sont évidentes voire même effrayantes surtout quand on sait que parmi ces dizaines de milliers de produits chimiques introduits, nous connaissons les effets sur la santé et l'environnement de seulement quelques milliers!

biodiversité champ de maïs Biodiversité très impressionnante dans un champ de maïs...traité.

Moins de personnes sont aujourd'hui nécessaires pour produire la nourriture sur laquelle le reste de la population compte. Ainsi, l'agriculture française emploie seulement 3,6 % de la population active totale bien qu'elle soit le premier pays agricole de l'Union Européenne. Aux USA, c'est encore moins: 2% de la population est agricole! Une large part de la population peut alors avoir d'autres occupations. Chacun peut avoir aujourd'hui son "job", sa spécialisation à plein temps entraînant une importante division du travail. Cela laisse aussi du temps libre pour plus de loisirs et surtout...plus de consommation matérielle. Cette révolution "verte" a non seulement impacté la structure même de nos sociétés et combinée aux moyens de transports modernes ainsi qu'à l'augmentation de l'espérance de vie (progrès en médecine, meilleure hygiène etc...) a eu et a toujours pour conséquence de faire littéralement exploser la population mondiale comme le montre la figure suivante:

world population

Cottrell, Tainter, et Catton sont parmi les spécialistes affirmant que le maximum de la population humaine supportable à tout instant est dépendant du montant total d'énergie disponible pour cette population. Pour l'instant, l'histoire plaide clairement en faveur de leur argument.

Conséquences climatiques Factory

Les conséquences de notre dépendance aux énergie fossiles sont aussi climatiques comme cela est si souvent oublié. Par le biais de notre consommation d'énergie fossile, nous piochons dans de gros réservoirs de carbone qui étaient enfouis depuis des centaines de millions d'années et nous rejetons ce carbone principalement sous forme de CO2, un gaz à effet de serre. Il faut savoir que le pétrole et le gaz naturel sont le résultat de près de 500 millions d'année de photosynthèse et que nous allons presque utiliser tout ce capital en à peine trois siècles. Un dérèglement climatique aurait des conséquences lourdes pour nos écosystèmes...et nous-mêmes qui en faisont partie intégrante comme on a aussi tendance à l'oublier. Malheureusement, le thème du changement climatique est souvent pris comme un problème totalement isolé. La partie financière de la "crise" a largement pris le dessus. Le changement climatique n'est pas une cause, mais un symptôme. Un symptôme d'un système économique qui depuis deux siècles grandit et grandit encore en exploitant sans limite les ressources de notre planète qui elles sont bien...limitées! Le changement climatique et l'épuisement de réserves énergétiques finies (pétrole, charbon, gaz...) sont donc deux problèmes complètement liés. Traiter séparément l'un de ces deux problèmes aggrave l'autre.

Conséquences géopolitiques
"Contrôlez l'énergie et vous contrôlez les nations." H. Kissinger

Cette dépendance en particulier au pétrole est aussi dangereuse géopolitiquement. Les pays qui aujourd'hui exportent encore des quantités non négligeables d'hydrocarbures sont souvent des pays en plein développement économique et dont la population augmente rapidement comme en Arabie Saoudite par exemple. Beaucoup de regards se tournent aujourd'hui vers la Mer Caspienne (Asie centrale) qui est censée contenir de gigantesques quantités de pétrole et de gaz même si les derniers rapports tempèrent quelque peu ces ambitions. Cette course entre grandes puissances pour le contrôle de ressources fossiles finies présente des dangers certains. Le contrôle de vastes ressources énergétiques est crucial pour asseoir une position dominante sur la scène internationale et pour imposer par la même occasion son idéologie. Lorsque ces ressources sont en très grand nombre et bien réparties dans le monde, cela ne pose pas forcément de problèmes géopolitiques majeures. Mais si ces dernières sont concentrées dans certaines régions du monde (60% des réserves pétrolières mondiales se trouvent par exemple au Moyen Orient) et sont en plus en voie d'épuisement, alors la compétition pour leur contrôle s'accroît et les frictions deviennent inévitables. Les fameuses "resource wars" sont malheureusement plus que d'actualité avec l'Afghanistan ou encore l'Irak.

go previous