"Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau." Albert Einstein.
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2008: un tournant sans surprise

L'année 2008 a réellement était une année épique. La crise, ou plutôt la partie "visible" qui a émergé en 2008 est plus qu'une simple crise financière venue de nulle part ou de quelques ménages américains sur-endettés. Elle est surtout révélatrice d'un système économique qui est aujourd'hui rattraper par les lois de la Nature et le bon sens. Notre économie ne peut croître indéfiniment dans un monde fini. Il y a des limites physiques/énergétiques à celle-ci: on ne peut pas, par exemple, créer de l'énergie à partir de rien (premier principe de la thermodynamique), au contraire de l'argent! L'argent n'est pas "physique", c'est quelque chose d'abstrait et il a la valeur qu'on veut bien lui donner. Aujourd'hui, nos monnaies ne sont corrélées à rien de physique. L'argent peut ainsi exister en quantité infinie. Cette notion de "limites à la croissance" a déjà été prédite par bon nombre d'experts et de scientifiques/ingénieurs travaillant dans le domaine de l'énergie et de l'environnement depuis plusieurs dizaines d'années déjà. Dans les année 1970, le Club de Rome commande un rapport sur les limites de la croissance justement. Ce rapport est connu sous le nom de "Rapport Meadows" et a été publié en 1972 sous le titre Limits to growth. Ce rapport a fait grand bruit à l'époque en avançant des hypothèses telles que la "croissance 0". Bien d'autres études ont suivi. Il n'y a donc pas de "grandes" surprises quant à un possible effondrement d'un système basé sur une croissance (démographique, monétaire, quantité de ressources extraites etc.) infinie dans un monde fini. C'est un sujet controversé certes, mais documenté et étudié depuis plusieurs décennies déjà.

Le coeur du problème, c'est qu'il ne devrait pas exister indépendemment un système "Terre" fini par nature ET un système économique qui peut lui croître sans limite. En fait le système économique devrait tout simplement faire partie intégrante du système "Terre". L'économie écologique prend en compte de telles limites. Herman Daly, économiste Américain est l'un des pionniers dans ce domaine de l'économie complètement marginalisé. Ces deux systèmes sont fondamentalement incompatibles et leur collision est inévitable. Mais à l'heure actuelle, la nature au sens large du terme ne fait plus du tout partie de nos préoccupations. Dans son livre, Peak Everything, Richard Heinberg exprime sous quel angle la nature est vue aujourd'hui: "Et nous voilà aujourd'hui, dans un monde dominé par l'argent, l'information, le sport, les loisirs, l'emploi et l'investissement - un monde dans lequel la nature apparaît comme quelque chose de périphérique et au fond d'inutile. La nature est simplement un amoncellement de ressources, un secteur de l'économie, au mieux quelque chose à préserver pour des raisons esthétiques ou sentimentales."

Il n'y a donc pas qu'une seule et unique raison à une telle crise. C'est une crise beaucoup plus globale à la fois financière, énergétique, écologique et même morale. C'est la convergence de ces réalités qui en fait sa gravité. Notre économie est construite sur des fondations complètement fantaisistes et intenables basées sur toujours plus d'emprunts et de dépenses des consommateurs. Les casinos que sont devenus les bourses mondiales échangent chaque jour entre 1 et 2 trilliards de dollars. Un à deux pourcents seulement de cette somme correspondent à des biens et services réels, le reste n'est presque que du "vent". Notre système monétaire, et plus précisément la masse monétaire DOIT croître. Ce système est basé sur la dette perpétuelle car il donne le privilège aux banques privés de créer de la monnaie à partir de rien et de la prêter. Une dette n'est pas de l'argent. Si une banque émet sa propre dette en tant que monnaie (en faisant un prêt typiquement), ce n'est pas de l'argent qui circule, mais des dettes bancaires. Ces dettes peuvent être étendues aussi facilement que lorsque les banques font des prêts. Et pour que le système ne s'écroule pas, il faut consommer et emprunter toujours plus sinon la masse monétaire se contracte et une vague de dettes en défaut s'en suivrait menaçant la stabilité de tout le système bancaire international ("credit crunch"). Toutes ces dettes qui sont etendues toujours plus sont des demandes futures sur du travail humain et des ressources naturelles. Cela revient à supposer que le futur sera exponentiellement plus grand que le present ce qui et absurde. Et si nous ne consommons pas, alors ce sont les gouvernements qui en dernier ressort doivent s'endetter encore plus avec, par exemple, le lancement de grands emprunts, de grands chantiers (construction d'autoroutes, rénovation de monuments anciens). Ainsi, dans le système actuel, si un crédit est remboursé d'un côté, il faut immédiatement que quelqu'un d'autre s'endette de l'autre côté pour qu'il n'ait pas contraction de la masse monétaire. Et comme c'est juste l'argent du crédit qui est crée, il n'y a jamais assez d'argent dans le système pour payer toutes les dettes AVEC les intérêts associés. Constamment, il faut donc que de l'argent nouveau soit crée et donc que d'autres s'endettent. Au mois de Janvier dernier, dans la capitale Finlandaise, une amusante (ou pathétique selon le point de vue adopté) campagne de publicité incitait les citoyens Finlandais à consommer encore plus en temps de "crise" en montrant un cochon-tirelire vampire.

dollars poubelle
"Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit en demeure confondu. […] Les crédits font les dépôts." John Kenneth Galbraith, L’argent, 1975

En créant toujours plus de dettes et donc "d'argent dette", la valeur de la monnaie se déprécie au cours du temps et est une des causes de l'inflation que les banques centrales tentent de maîtriser tant bien que mal. Une autre raison est la diminution de l'énergie retournée au cours du temps, en particulier celle provenant de ressources fossiles. Les prêts faits à la population doivent être payés AVEC des intérêts. Ces seuls intérêts prennent une importance absolument considérable avec le temps et le poids de ces intérêts (en plus de la dette elle-même!) pesant sur chaque citoyen augmente continuellement. Pourquoi cela? car ce sont des intérêts composés. Aux États-Unis par exemple, les intérêts à payer sur la dette fédérale approchent ce que chaque citoyen Américain peut raisonnablement payer. Il y a donc une limite mathématique a un tel montage financier au-delà de laquelle le système s'effondre.

Dette publique de la France:

"Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin." Henry Ford.

Voici justement un exemple graphique cette fois de la dette publique (fédérale) des États-Unis:

dette fédérale américaine

On retrouve encore une fois une croissance exponentielle. Toujours plus d'argent doit être crée dans le système pour le maintenir à flot. Mais nous avons déjà passé le virage de cette fonction (c'est à dire que tout "s'accélère"). Ainsi, nous pouvons vraisemblablement attendre dans les années qui viennent aux USA et dans une moindre mesure en Europe soit:

  • une hyper inflation et un crash monétaire.
  • un gouvernement en faillite complète qui ne pourra donc plus honorer ses dettes et les intérêts qui vont avec. Plus aucun service ne sera alors rendu à la population (Hôpitaux, Education etc...).
Les intérêts à rembourser sur de l'argent dette enrichissent les banques au détriment de la population. Imaginons aussi que d'un seul coup l'état cesse d'emprunter de l'argent aux banques privées. Les seuls intérêts à rembourser sur les emprunts déjà contractés dans le passé rendent tout plan de relance à peu près sans espoir sur le long terme. Ainsi, la monnaie que nous utilisons chaque jour est en fait "multi structurelle" et récursive si bien que peu de personnes sont capables de la comprendre vraiment. Voici un très bon documentaire, en français, expliquant justement la complexité et l'opacité du système monétaire international:


L'Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) from Bankster on Vimeo.

Plus de précisions sont aussi disponibles sur le site du mouvement sociétal, de public-debt, des fauxmonnayeurs et de bankster.tv.

Le fiasco des "subprimes" (crédits hypothécaires) aux USA combiné à l'augmentation du poids de la dette et de son effet de levier dans l'économie Américaine mais aussi mondiale (au travers de mécanismes financiers tellement complexes que finalement presque plus personne ne les comprend et en comprend les risques), sont responsables en partie de la crise financière. Mais des facteurs énergétiques interviennent aussi. On a déjà vu qu'un flux énergétique croissant est nécessaire au bon fonctionnement de notre économie sans cesse en expansion elle aussi et pour nourrir des "bulles" telles que justement la bulle immobilière qui a eu lieu aux USA. Par ailleurs, l'augmentation constant du prix de l'énergie obligent les gouvernements à emprunter encore plus et donc à s'endetter encore plus.

Or comme on l'a vu, la production mondiale de pétrole brut entre 2005 et 2008 a été quasiment "plate". On est sur un véritable plateau de production depuis 2005:

world crude oil production

Une simple coïncidence? Une des conséquences majeures a été un baril à $147 en juillet 2008. Une partie seulement de ce prix peut être attribué à la spéculation et à la chute du dollar. Les spéculateurs ont été souvent montrés du doigt comme les " grands méchants". Pourtant tout indique qu'un tel prix était justifié par des fondamentaux au premier rang duquel une production de plus en plus à la traîne derrière une consommation énergétique solide. Depuis 2005, nous avons atteint un plateau de production. Depuis 2005, la production mondiale pétrolière n'a augmenté que d'un "petit" pourcent. Or en 2005, 2006, 2007 et sur la première moitié de 2008, la croissance économique était forte en particulier au Moyen Orient et en Asie. Mais, la production n'a pas suivi pour maintenir un prix raisonnable.

Un baril à $147 a eu un effet absolument désastreux sur les compagnies aériennes, l'industrie automobile, l'augmentation des coûts de production via le transport et sur les agriculteurs qui ont vu le prix des matières premières flamber. Rappelons une nouvelle fois que l'agriculture intensive est très dépendante des énergies fossiles (engrais chimique=gaz naturel et machines agricole nécessitant du carburant etc...). Cela a eu aussi des effets très néfastes sur les simples ménages qui se voient dans l'obligation de consacrer une part de plus en plus importante à leur budget "énergétique" au détriment du budget "consommation" sur laquelle nos économies sont basées. Tous ces différents facteurs ont très probablement concouru à l'éclatement de la "bulle financière" et de sa pseudo-richesse créee. Cette dernière était justement soutenue par le besoin d'étendre encore et encore le crédit à des personnes dont les banques savaient très bien qu'elles ne pourraient pas rembourser. Ainsi, de plus en plus d'argent coulaient à flot dans le marché immobilier américain faisant grimper les prix de l'immobilier de manière complètement artificiel. Il est aussi raisonnable de penser qu'un tel schéma de Ponzi nécessite un socle énergétique solide en expansion constante même si l'argent crée n'est que du "vent". Les bulles financières sont destinées à éclater. Il est donc difficile d'affirmer avec certitude que la crise des subprimes est simplement due à l'augmentation des prix de l'énergie. En revanche, elle est l'une des aiguilles prête à faire éclater de telles bulles. Et cette aiguille sera toujours plus grosse.

Dans un monde fini, nous allons nous trouver très vite dans une économie en déclin car il n'y a plus assez de ressources avec une énergie retournée assez importante pour maintenir l'économie à flot et supporter sa croissance sans causer des hausses soudaines de prix des matières premières suivis alors d'une vague de dettes impayées, d'une nouvelle contraction du crédit et d'un crash du prix de ces mêmes matières premières. Il y a un risque d'entrer dans un cercle vicieux d'oscillations ou à chaque fois, nous retomberions un peu plus "bas". Chaque reprise économique va inévitablement refaire partir à la hausse le prix de l'énergie et entraîner une nouvelle crise financière. C'est la triste ironie de l'histoire. L'énergie n'est donc pas qu'une simple marchandise dans notre économie mondialisée mais bel est bien la base même de cette économie. C'est quelque chose qui n'est pas du tout pris en compte par nos décideurs.

De plus, quand l'économie globale se contracte, les investissements colossaux dans dans les projets pétroliers et gaziers sont en chute libre. De même que pour les projets dans les énergies renouvelables. Sur le long terme, cela garantit des pénuries énergétiques. Matthew R. Simmons estime que 100 mille milliards de dollars sont nécessaires pour moderniser le système mondial de distribution pétrolier et gazier. C'est une somme considérable.

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